Notre-Dame est éternelle

Le premier jour des célébrations de la semaine sainte, lundi 15 avril en début de soirée, un incendie s’est déclenché dans les combles de la cathédrale de Notre-Dame de Paris. Ce monument, le plus visité de France et d’Europe, célèbre cette année son 856ème anniversaire. La cathédrale de Notre-Dame de Paris est classée dans le patrimoine mondial de l’UNESCO. Elle accueille 14 millions de visiteurs chaque année qui viennent observer l’architecture impressionnante de la cathédrale et toutes les œuvres d’art qu’elle abrite. Partout dans le monde, on s’émeut devant les images de la cathédrale enflammée. Le feu, désormais éteint, ne laisse pas la cathédrale sans marques. Qu’a entraîné ce feu sur la cathédrale, mais aussi quelles réactions observe-t-on dans le monde ? Que nous dit cet incendie sur l’état de notre société ?


Le feu, détecté à 18h45 lundi 15 avril, commence dans les combles là où le bois est particulièrement ancien (les arbres étaient parfois vieux de mille ans) et donc très sec. Les flammes gagnent rapidement la charpente du monument et le toit. Selon les pompiers, le “violent feu” s’est “propagé très rapidement sur l’ensemble de la toiture” sur environ 1000 mètres carrés. Ci-dessous une représentation du déroulement de l’intervention pour éteindre l’incendie, qui s’est étalée sur une quinzaine d’heures.

frise réalisée par NVP

En tout, 400 pompiers sont intervenus, équipés de 18 lancés à eau. Un pompier a été blessé, ainsi que deux policiers, mais aucun civil ou touriste aux alentours n’a été touché. Nombreux étaient les spectateurs, aux alentours de la cathédrale mais aussi sur les réseaux sociaux ou devant leurs télévisions. A l’image du tweet de Donald Trump, beaucoup se sont demandés pourquoi les pompiers n’utilisaient pas d’hélicoptères ou de Canadairs. En réaction, la Direction Générale de la Sécurité Civile explique que leur utilisation risquait de « fragiliser la structure de Notre-Dame et entraîner des dommages collatéraux sur les immeubles aux alentours », ainsi que blesser les pompiers qui intervenaient sur le site. Les derniers foyers de feu ont été éteints aux environs de 9h30 le mardi matin.
La cause du feu est probablement accidentelle. Dans le bâtiment, un plan anti feu avait été créé pour sauvegarder les œuvres en cas d’incendie et une répétition avait eu lieu dans le mois. De plus, l’électricité n’était pas installée dans les combles pour éviter les risques d’incendie. La piste suivie est un départ de feu accidentel depuis le chantier en cours sur le toit, par l’échafaudage. Des ouvriers du chantier ont été entendus par les enquêteurs depuis le drame.

Quels dégâts ?

Beaucoup ont assisté à la scène, la flèche qui culminait à 93 mètres de hauteur s’est effondrée quelques heures après le début de l’incendie. « L’ensemble de la toiture est sinistrée, l’ensemble de la charpente est détruite, une partie de la voûte s’est effondrée, la flèche n’existe plus », a indiqué mardi matin Gabriel Plus, le porte-parole des pompiers de Paris. Le ministère de la culture informe néanmoins que le coq de la flèche a été retrouvé mardi soir. A l’intérieur de la cathédrale, difficile de savoir ce qui est abîmé. Au milieu des effondrements, l’essentiel de la structure est préservé mais sûrement très affaiblie avec toute l’eau qu’elle a reçu. Les trois orgues ont eux aussi survécu au feu, mais sont probablement abîmés à cause des litres d’eau et de la chaleur qu’ils ont reçu. Quant aux œuvres que Notre-Dame abritait, certaines ont pu être sorties de l’édifice grâce à une chaîne humaine qui s’est tout de suite mise en place, saluée par la maire de Paris Anne Hidalgo. Les œuvres sont en train d’être transférées dans d’autres musées en attendant de pouvoir être remises dans la cathédrale. La Couronne d’épines et la Tunique de Saint Louis ont pu être sauvées des flammes selon recteur de la cathédrale, Mgr Patrick Chauvet. 
Depuis juillet dernier, des travaux sont effectués dans la cathédrale pour la restaurer et la nettoyer de la pollution qui noircit sa façade. 16 statues avaient été décrochées de la flèche la semaine dernière, une prouesse technique qui avait attiré de nombreux spectateurs et a permis, par chance ou par miracle, de sauver ces dernières de l’effondrement de la flèche.


AFP

« Nous rebâtirons Notre-Dame »



En moins de 24h après le départ du feu, nombreux sont ceux qui se sont mobilisés pour encourager la reconstruction de la cathédrale. 
Au pied de la cathédrale et partout aux alentours, des touristes ou des parisiens dévastés assistaient à la scène. Un violoncelliste, Gautier Capuçon, est venu jouer dans les rues de Paris “en hommage aux pompiers et pour transmettre un message d’espoir”. La tristesse du public s’est manifestée à travers des minutes de silences, des prières ou encore des pleurs. Des messages de solidarité ont été envoyés du monde entier. Donald Tusk, président du Conseil européen, tweete : « Notre-Dame de Paris est Notre-Dame de toute l’Europe. Nous sommes tous avec Paris aujourd’hui », ou encore le secrétaire général de l’ONU s’est déclaré « horrifié par les images de l’incendie ».
Emmanuel Macron, qui devait le soir de l’incendie prononcer son allocution Présidentielle sur ses mesures suite au grand débat, annule la diffusion de cette dernière et se rend sur place. Le président prononce alors un discours devant la cathédrale en feu : « nous rebâtirons Notre Dame parce que c’est ce que les Français attendent, parce que c’est ce que notre histoire mérite, parce que c’est notre destin profond». Pour rebâtir la cathédrale, il y a besoin de plusieurs éléments. Tout d’abord, des matériaux, car tout le toit de la cathédrale a brûlé. Charlois, le premier exploitant de chêne en France affirme avoir « déjà commencé à mettre de côté des chênes de qualité suffisante qui pourraient potentiellement servir à la charpente » de Notre-Dame de Paris. Il faut également les compétences nécessaires pour pouvoir reconstruire un tel bâtiment. Jean Claude Bellanger de l’association des Compagnons du Devoirs (qui est composée d’artisans qui transmettent leurs connaissances, des tailleurs de pierres, maçons, charpentiers…) affirme sur France24 que la France “a les compétences”, mais que “ça sera un problème de main d’oeuvre”. Selon lui, en fonction des techniques décidées pour reconstruire l’édifice, il faudra de quelques années- si l’on respecte les méthodes du 13e siècle- à un an seulement si l’on utilise les nouvelles technologies. Le groupe de BTP de Vinci a déjà annoncé qu’il allait mettre en place un mécénat de compétences, qui consiste à « prêter » ses employés, sur leur temps de travail, à des œuvres caritatives.


Ce n’est pas le premier incendie sur un monument de ce genre, mais la mobilisation qui en découle semble exceptionnelle. En comparaison, on trouve très peu de cagnottes pour le musée national de Rio qui avait été ravagé par un incendie en 2018. De nombreux fonds ont déjà été collectés pour la cathédrale Notre-Dame. Des cagnottes ont vu le jour (sur GoFundMe, Leetchi) qui rassemblent des sommes allant de 100€ à 40000€, et la fondation du patrimoine a ouvert une collecte nationale qui a déjà récolté plus de 10 millions d’euros. De grands groupes ont aussi annoncé qu’ils allaient verser de l’argent aux fonds, comme la famille Pinault (100 millions), le groupe LVMH avec la famille Arnault (200 millions), Martin et Olivier Bouygues (10 millions), la société Fimalac (10 million), ou encore Total (100 millions). Les villes et régions se mobilisent également, à l’image de la Ville de Paris va donner 50 millions d’euros, la région Île-de-France 10 millions, ou encore la région Auvergne-Rhône-Alpes (2 millions), les Alpes-Maritimes, la ville de Toulouse et le département de Haute-Garonne (1 million chacune). En 24 heures à peine, on pouvait donc compter plus d’un demi milliard d’euros collectés pour reconstruire la cathédrale.


Notre-Dame est éternelle


Notre Dame est éternelle. C’est l’adjectif emprunté par Victor Hugo pour décrire la cathédrale parisienne en 1831 dans le chapitre 1 de son livre 3 de Notre Dame de Paris. Mais la cathédrale est éternelle seulement parce qu’elle contient des marques du temps, cicatrices de révolutions et diverses reconstructions. Notre-Dame est une « sorte de création humaine, en un mot, puissante et féconde comme la création divine dont elle semble avoir dérobé le double caractère : variété, éternité ». En effet, la cathédrale a été détruite et rénovée de nombreuses fois déjà et présente le mélange de plusieurs styles architecturaux de différentes époques. Victor Hugo écrit : « tandis que la petite Porte-Rouge atteint presque aux limites des délicatesses gothiques du quinzième siècle, les piliers de la nef […] reculent jusqu’à l’abbaye carlovingienne de Saint-Germain-des-Prés. On croirait qu’il y a six siècles entre cette porte et ces piliers. » Selon Victor Hugo, même si l’on restaure la cathédrale, « la constitution même de l’église chrétienne n’en est pas attaquée. C’est toujours la même charpente intérieure, la même disposition logique des parties. Quelle que soit l’enveloppe sculptée et brodée d’une cathédrale, on retrouve toujours dessous, au moins à l’état de germe et de rudiment, la basilique romaine. Elle se développe éternellement sur le sol selon la même loi. Le tronc de l’arbre est immuable, la végétation est capricieuse. » (pour lire l’extrait du chapitre en entier, voici l’article de Médiapart qui le restitue). 
L’incendie qui a ravagé une bonne partie de l’édifice est un drame, et il est effroyable de voir tant de beauté partir en fumée. Mais il est possible de reconstruire la cathédrale, et son histoire et pouvoir spirituel n’en sera pas abîmé.

Écoutons le cri de Notre-Dame

Comme dit précédemment, j’estime que cette cathédrale magnifique mérite d’être reconstruite, et qu’il est tout à fait légitime de s’émouvoir face aux images de l’incendie. Mais pourquoi autant de monde arrive-t-il à s’émouvoir de cela, mais pas de notre planète qui se meurt ? Et pas des vies humaines perdues dans la méditerranée ou dans les guerres au Moyen-Orient ?
Que nous dit Notre-Dame ? Brûlée par l’incendie, la charpente était appelée « la forêt » car les nombreuses poutres qu’elle abritait étaient issues d’assez d’arbres différents pour constituer une forêt. Pendant l’incendie, les pompiers ont risqué leurs vies pour sauver les nombreuses œuvres présentes dans l’édifice qui ont rapidement été évacuées. C’est Notre-Dame qui nous crie : regardez les forêts aux quartes coins de la planète qui brûlent- indirectement-, regardez votre biodiversité qui s’éteint.

En France, seulement 15% de notre énergie est renouvelable, on continue de polluer et on retarde la date de passage à plus d’énergies vertes. Si on vous avait dit que seulement 15% de Notre-Dame était couvert par un système anti incendie, vous auriez été outré, trouvé cela absurde. Vous auriez dit : pourquoi est ce qu’on a pas mis en place des mesures de sécurité ? Le feu aurait pu être moins grave – pas inexistant mais moins grave. On peut toujours minimiser les dégâts, même si le feu a démarré, si l’on y met du sien. Car oui, notre terre aussi est en train de se consumer et on n’enclenche pas toutes les alarmes à incendie possibles, peu de monde semble s’inquiéter de la catastrophe imminente qui plane au dessus de notre tête. Des milliers de personnes fuient des horreurs et on ferme des sorties secours. On continue de nous dire qu’il n’y a pas assez d’argent pour construire plus de logements, pour accompagner les personnes en situation de précarité dans la transition climatique, pour subventionner l’agriculture biologique ou les énergies renouvelables, mais on peut trouver des fonds pour reconstruire en urgence un bâtiment de notre patrimoine. On semble tournés vers le passé mais incapables de sauvegarder notre avenir. Il faut pourtant s’inspirer du passé pour avancer vers l’avenir. On a le temps pour reconstruire notre belle cathédrale. On y laissera les marques de notre époque et elle ressortira des rénovations encore plus belle et majestueuse. Mais nous sommes à court de temps face à l’urgence climatique et environnementale. A quoi bon reconstruire la cathédrale si c’est pour noircir sa façade à nouveau par la pollution ? A quoi bon si c’est pour détruire notre planète ? A quoi bon si c’est pour que la place soit déserte, les hommes et femmes étant bloqués aux frontières, fermées en réaction à l’afflux de réfugiés climatiques ou de guerre ?


Le monde entier nous regarde en ce moment. Tous les yeux sont fixés sur la cathédrale. Tout le monde est réuni autour d’un même projet, celui de sauver l’édifice, l’histoire, la religion, l’art…. l’humanité. Alors agissons. Sauvons Notre-Dame mais préservons aussi nos enfants d’un monde violent et pollué. Sauvons Notre-Dame mais sauvons aussi la Terre et toutes les précieuses vies humaines qu’elle abrite.



Célia CONSOLINI

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