Sex Education, la nouvelle série british qui fait sensation sur Netflix

Otis, dont la mère est sexologue, décide d’ouvrir sa propre consultation au lycée. En s’associant à Maeve, sa camarade brillante et totalement punk, il décide de libérer la parole autour de la sexualité chez les ados et par la même occasion, de leur épargner des années de thérapies dans leurs vies adultes. Voici le pitch de Sex Education, la toute dernière série Netflix qui a suscité un engouement assez fort sur la toile. Pour comprendre l’amour immodéré que les internautes ont manifesté à son égard, j’ai décidé de plonger tête la première dans l’univers d’Otis, Maeve et Éric. À la sortie de cette première saison, j’ai immédiatement compris ce qu’on lui trouvait. Voici une liste non-exhaustive des raisons pour lesquelles, à mon sens, cette série a autant de succès.

Le sexe chez les adolescents

Tout d’abord, la série aborde de manière comique, certes, mais surtout juste, la vie sexuelle adolescente. Avec un ton honnête et décomplexé, Sex Education déconstruit l’idéalisation des rapports sexuels chez les jeunes, qu’on trouve notamment dans les séries comme Riverdale. On y voit de tout, des problèmes de libido au manque de confiance en soi, de la pression que l’inexpérience apporte au slut-shaming (littéralement ‘intimidation des salopes’ en anglais, un ensemble d’attitude agressive envers les femmes dont le comportement sexuel serait jugé hors-norme). Et tout cela est abordé avec plus ou moins de sérieux, en tout cas, toujours dans une optique de tolérance et de respect. L’humour n’y est peut-être pas toujours fin, notamment dans le premier épisode, qui met en avant Adam, mais il ne dépasse jamais les bornes et n’entrave en rien le message positif de la série. On ne peut s’empêcher d’éprouver une pointe d’affection et d’empathie pour les personnages, qui font face à des problèmes dont ils ne peuvent parler à personne. Voir leurs complexes peut même s’avérer rassurant, surtout sur un thème comme la sexualité, qui est soit idéalisé, soit démonisé. La série offre une vision rafraîchissante du sexe, tout en étant ancrée dans la réalité en abordant par exemple l’absence de communication chez les jeunes.

Sex Education touche aussi à des sujets comme le cyber-harcèlement et le revenge-porn (la diffusion d’image à caractère sexuel explicite de personnes sans leurs consentements), trop peu présents dans les discussions actuelles. Face à cela, la série semble renvoyer un message de solidarité, notamment dans l’épisode 5, lorsque l’une des élèves est victime de revenge porn. Morte de honte, la jeune fille reste tétanisée face aux réactions des élèves du lycée. Mais les scénaristes n’en restent pas là et décident, au plaisir du spectateur, d’offrir la meilleure fin possible à ce scénario. En solidarité, plusieurs filles (et un garçon) se mobilisent et affirment avec aplomb être la personne à qui appartient la vulve sur la photo. Réconfortée par ce geste, la victime s’empare alors du titre qu’on lui donne et affirme être la personne sur la photo. Avec une pointe de militantisme, la scène assez touchante envoie un message fort qui peut en toucher plus d’un.

Des personnages développés

L’un des points forts de la série, ce sont les personnages. Touchants et uniques, des figures qui peuvent sembler stéréotypées nous paraisse honnêtes et authentiques. Otis par exemple, peut sembler rentrer dans la catégorie du garçon en mal d’affection obsédé par le sexe, le personnage principal attachant mais qui n’a pas de chance auprès des filles. Même si au début, il semble rentrer dans cette catégorie, on voit vite qu’il n’est pas non-plus repoussant et qu’il est une personne plus complexe qu’un stéréotype sur pattes. On retrouve d’autres catégories classiques des films ou séries pour adolescents, comme celui de la fille rebelle et incomprise, ou encore celui du meilleur ami gay. Mais en réalité, au fur et à mesure des épisodes, les personnages s’éloignent des étiquettes qu’on leur a attribuées. Les traits originaux des personnages, qui sont toujours un peu grossis dans la série et qui contribuent à son effet comique, révèlent en réalité des personnalités comme on en a rarement vu. Je ne veux pas en révéler trop sur l’intrigue, c’est pourquoi je reste un peu vague, mais à de nombreuses occasions, les personnages nous surprennent de manière agréable. En partant de stéréotypes bien usés, Sex Education a réussi à développer des personnages complexes et authentiques.

La représentation positive d’une masculinité non-toxique

En parlant de personnages complexes et authentiques, on pourrait notamment développer l’image positive de la masculinité que le teen-show a réussi à véhiculer à travers Otis et Eric. Eric pourrait rentrer dans les critères du gay efféminé mais au lieu de se coller une étiquette sur le front, celui-ci préfère accepter sa propre identité et déjouer les codes. Otis aussi est un exemple assez fort de masculinité positive. A l’instar de la plupart des personnages principaux dans les séries ou films à l’intention des adolescents, il ne rentre pas dans les catégories de ‘badboy’ ou de ‘nerd’ qui ne sait pas s’y prendre avec les filles. Ces deux termes, qu’on attribue à vau l’eau, excusent souvent les comportements des jeunes garçons adolescents auprès des filles. Ce n’est pas grave si ce garçon fait des remarques inappropriées à une fille de sa classe, c’est juste qu’il ne sait pas s’y prendre avec les filles, c’est même adorable. Et le mythe du ‘badboy’ torturé, fléau de l’inconscient collectif, qui pour le coup excuse des comportements encore plus graves. Edward Cullen, dans Twilight, illustre totalement ce fantasme mal placé. Non seulement il se trouve extrêmement désagréable pour aucune raison au début, mais il reste ensuite extrêmement possessif et violent. Je veux bien que dans l’univers des vampires ce comportement soit normalisé mais balancer sa copine à l’autre bout de la pièce en plein dans des vases en verre, soi-disant pour la protéger, n’est peut-être pas un comportement à vénérer. Jacob, l’autre jeune homme fou de Bella, ne vaut pas mieux. Il illustre lui aussi parfaitement la masculinité toxique : de la possessivité maladive qui le pousse à suivre Bella partout où elle va et à penser qu’il est en droit de décider à sa place quels devraient être ses choix de vie.

Mais Otis est bien loin de tout ça. Tout d’abord, il comprend et éduque même ses camarades sur le principe du consentement. Quand une fille dit non, c’est non. Et non, ce n’est pas parce que tu es un garçon que tu sais mieux que cette fille ce qui est bon pour elle. Ensuite, il est complètement à l’aise avec son sexe. Le fait qu’il soit né avec un pénis ne l’empêche pas de porter des vêtements qu’on apparente aux femmes. De plus, il ne sent pas sa virilité menacée par les hommes homosexuels. On peut dire chapeau à Otis, qui a compris que en 2019, ce n’était vraiment pas très intelligent de rejeter ses peurs sur ce qu’il ne comprend pas.

Enfin un personnage féminin complexe

Les personnages masculins ne sont pas les seuls à assurer dans la série. Maeve, le personnage principal féminin, offre, elle aussi, une vision positive de l’adolescente et ça fait du bien. Bien qu’elle ait des défauts, Maeve ne se donne pas un style. Elle s’assume, même si elle n’est pas acceptée par tout le monde. Elle ne se limite pas aux hommes de sa vie. Avec un humour sarcastique et bien pensé, la jeune femme rejette les étiquettes qu’on lui attribue ; ni ‘pute’, ni délinquante, ni objet-sexuel. En plus d’être une femme libérée qui ne se laisse pas faire, Maeve est passionnée de littérature. L’un de ses papiers remporte un concours d’écriture, elle lit du Virginia Wolf et passe la plupart de son temps dans sa caravane à se cultiver. D’ailleurs, l’une de ses répliques les plus célèbres et appréciées est : « What’s your thing then ?

_ Complex female characters »

(« C’est quoi ton truc alors ?

_ les personnages féminins complexes ») ce qui montre bien l’attachement particulier que Maeve possède à la littérature et la représentation de la femme.

@madmoizelledotcom sur Instagram / photogramme appartenant à Netflix

Une première saison bien écrite

Enfin, Sex Education possède un certain charme avec ses blagues bien écrites, surprenantes, emblématiques de la comédie anglaise. L’univers de la série est aussi bien cerné et développé, et, même si on y retrouve les codes des teen-drama américain, son ton léger qui ne se prend pas au sérieux mais qui ne véhicule pas non-plus des clichés est agréable. De plus, même si la fin de cette première saison n’exclut pas une suite, on a réellement cette impression de boucle-bouclée. Les scénaristes ne nous laissent pas sur notre faim, tout en nous donnant envie de regarder la suite. Cher lecteur, je t’invite alors à commencer Sex Education, si tu ne l’as pas encore vu, et à me dire ce qui t’as plu / pas plu dans les commentaires. En revanche, si tu es mal à l’aise avec les scènes à caractère sexuel, cette série n’est pas pour toi car il y a au moins une scène de cul dans chaque épisode !

Léonie COKE

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